31.3.07

Sarkozy et l'histoire


Les usages de l'histoire dans le discours public de Nicolas Sarkozy par Gérard Noiriel (EHESS)

Dans le discours qu'il a tenu à Poitiers le 26 janvier dernier, le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle s'est présenté comme l'héritier de Jean Jaurès et de Léon Blum. Cette « captation d'héritage » est une bonne illustration des formes que prennent les usages publics de l'histoire dans la France d'aujourd'hui. Le problème n'est pas tant que les politiques puissent « récupérer » les héros du passé pour tenter de grandir leur stature de présidentiable. Ce phénomène n'est pas nouveau. Il est même constitutif de la mémoire politique. Dans ce type de compétition, en effet, les candidats ne peuvent espérer l'emporter que s'ils glanent des voix au-delà de leur propre camp, ce qui les incite à parler au nom de la nation toute entière en cherchant des références historiques consensuelles.

Jaurès plutôt que de Gaulle

Ce qui est inédit (à ma connaissance), c'est le fait que le leader de la droite ait pu se présenter publiquement comme l'héritier des chefs historiques de la gauche. Pour comprendre la fonction de ces références, il faut lire de près le discours de Poitiers. Ce qui frappe, c'est d'abord la faible place accordée à la Révolution française. Alors que jusqu'à une période récente, tout homme politique cherchant à présenter sa candidature comme un moment historique pour la Nation se situait dans le prolongement de cet événement fondateur, celui-ci n'est mentionné ici qu'une seule fois et encore, est-ce par le biais d'une citation de Napoléon Ier évoquant «l'achèvement de la Révolution ». Ensuite, ce qui étonne dans les références/révérences du discours de Poitiers, c'est la marginalisation du général de Gaulle, qui était pourtant la figure centrale des récits mémoriels de la droite dont l'UMP est l'héritière. Certes, le général est présent dans la galerie des glorieux ancêtres dont se réclame le candidat, mais il n'est cité que 3 fois, alors que Jean Jaurès est cité 7 fois !

Je ferai l'hypothèse que ce nouveau système de références historiques illustre les contraintes auxquelles les professionnels de la politique sont confrontés aujourd'hui, dans un monde où la « démocratie de partis » a cédé la place à la « démocratie du public » (pour reprendre les formulations du philosophe Bernard Manin). Soumis à la loi des sondages et des médias, le candidat à la présidentielle ne cherche plus à se situer dans le prolongement d'une tradition politique précise. Il n'a plus besoin de conforter la mémoire et l'identité collectives de son propre camp, en rappelant les luttes héroïques menées autrefois par les « camarades » ou les « compagnons », ce qui était auparavant indispensable pour mobiliser ses troupes en vue du combat politique à venir. Ce qui compte, désormais,c'est de peaufiner une image, en fonction des directives données par les conseillers en communication qui font partie du « staff » de campagne.

Mais ces conseillers, mauvais sociologues, ont commis une erreur dans la phase de « pré-campagne », en incitant leur chef à durcir son discours sécuritaire avec des mots comme « racaille », que l'ensemble des jeunes des classes populaires ont ressenti comme une insulte. Le candidat de la droite doit donc « recentrer » son profil (« j'ai changé ») et faire dans le « social » en se présentant comme l'héritier de la gauche.

Remarques sur la logique symbolique de panthéonisation des hommes politiques

Pour approfondir l'analyse sur l'usage de l'histoire de France dans ce discours, je dirais qu'il illustre la logique symbolique de la « panthéonisation ». Le candidat consacre les grands personnages qui ontpour fonction de le consacrer.
[...]
Ce discours mémoriel a donc pour première fonction de convaincre le grand public que le candidat de l'UMP est le digne héritier de ces héros nationaux. Mais il a aussi pour but de fabriquer un consensus occultant les rapports de pouvoir et les luttes sociales. Le discours de Poitiers est une sorte de Disneyland de l'histoire dans lequel il n'y a que des gentils, des hommes bons. La « captation d'héritage » est aussi un détournement destiné à occulter le fait que les leaders du mouvement ouvrier, comme Jaurès et Blum, ont été avant tout des militants, au coeur des combats politiques de leur temps. Le candidat de l'UMP n'hésite pas à faire référence au Front Populaire : « J'ai cité Léon Blum parce que je me sens l'héritier de l'enfant qui en 1936 grâce aux congés payés jette sur la mer son premier regard émerveillé et entend prononcer pour la première fois le mot « vacances ».

Ce qui est suggéré dans cette citation, c'est que le leader de la SFIO et le chef du gouvernement du Front Populaire aurait « donné » deux semaines de congés payés aux ouvriers parce que c'était un homme bon et humain, qui voulait que les travailleurs voient la mer. Le fait historique qui est totalement oublié ici, c'est que les congés payés ont été un acquis du formidable mouvement de grèves de mai-juin 1936. C'est le résultat de la lutte des classes et d'une mobilisation sans précédent des ouvriers contre le patronat. Mais évidemment ce fait historique là, le candidat des milieux d'affaire est obligé de le passer sous silence puisque, dans le même discours, il dénonce explicitement « ceux qui attisent encore la lutte des classes ». Il faut reconnaître que les assistants qui ont écrit le discours du candidat ne manquent pas d'imagination. Dans leur récit, Georges Clemenceau, le ministre de l'Intérieur qui a envoyé la troupe contre les grévistes en 1907-1908, cohabite pacifiquement avec son plus farouche adversaire politique, Jean Jaurès, le directeur de l'Humanité, qui dénonçait le « premier flic de France » et le « briseur de grèves ».

L'anti-repentance et ses contradictions

Je voudrais m'arrêter un peu plus longuement sur un autre usage del'histoire qu'illustre le discours de Poitiers. Il concerne le thème del'anti-repentance. Le candidat à la présidentielle écrit en effet : « Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d'une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d'être fiers. Si on aime la France, on doit assumer son histoire et celle de tous les Français quiont fait de la France une grande nation ». Ce propos doit être relié à celui qu'il avait tenu peu de temps auparavant (14 janvier 2007) : "Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi, il y a, ne nous trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus".

Nous voyons là s'esquisser un thème de campagne que le candidat de la droite cherche à utiliser pour discréditer le camp d'en face, en affirmant: « Ce que je sais, c'est que la gauche qui proclame que l'Ancien régime ce n'est pas la France, que les Croisades ce n'est pas la France, que la chrétienté ce n'est pas la France, que la droite ce n'est pas la France. Cette gauche là je l'ai accusée, je l'accuse de nouveau de communautarisme historique ».

Ce passage est particulièrement intéressant à décrypter si l'on veut comprendre comment les politiciens utilisent aujourd'hui l'histoire dansleur propagande et les contradictions auxquelles ils se heurtent (ou risquent de se heurter). Tout d'abord, on constate que l'anti-repentance est l'une des principales grilles de lecture qu'utilise le candidat pour «repenser » l'histoire de France. Par exemple, dans le passage où sont évoquées les persécutions dont ont été victimes Léon Blum et Georges Mandel, il n'y a pas un seul mot pour souligner les responsabilités du régime de Vichy et de la milice. Les seuls coupables explicitement désignés, ce sont les agents de la Gestapo ! Finis les discours sur les mauvais Français et sur la responsabilité de l'Etat français. On a le sentiment d'en revenir à une histoire pré-paxtonienne (et aussipré-chiraquienne) de Vichy.

C'est aussi la logique de l'anti-repentance qui conduit le candidat non pas à ignorer la colonisation, mais bel et bien à l'assumer. Le discours de Poitiers revient, d'une manière indirecte, à l'affirmation du « bilan positif » de la colonisation (même si le mot n'est jamais employé), en affirmant que nous devons être fiers des croisades et en plaçant le maréchal Lyautey au coeur d'un Panthéon dans lequel ne figurent aucun Français issu de l'immigration ou des peuples colonisés.

Une autre lacune montre clairement où mène le discours anti-repentance. C'est l'absence totale des figures féminines dans la galerie des hérosdont se réclame le candidat de l'UMP. Nous avons ici une illustration limpide des analyses de Michèle Riot-Sarcey sur l'absence des femmes dans la mémoire des hommes politiques de ce pays. Au-delà de l'effet anti-repentance, on peut penser que, dans le contexte de la présidentielle 2007, le candidat UMP a jugé stratégiquement préférable de souligner les attributs virils de Marianne.

Un nouveau concept : le « communautarisme historique »

Dans le passage consacré à l'anti-repentance, on constate aussi que lecandidat UMP a forgé un nouveau « concept », inconnu jusqu'ici des historiens, celui de « communautarisme historique ». Je doute qu'il laisse sa marque dans l'histoire de la pensée, mais ce n'était pas le but visépar son auteur. Il s'agissait de marquer l'opinion, en utilisant des formules choc. Il faut se souvenir, en effet, que dans un monde dominé parles sondages, ce ne sont pas les arguments rationnels qui comptent, mais les formules permettant de conforter le sens commun en jouant sur des réflexes et des associations d'idées. La mise en équivalence entre gauche et communautarisme se fait ici grâce à toute une série d'amalgames dont lafonction principale est d'imposer l'idée que la gauche représente l'anti-France. Ce type de rhétorique n'est pas vraiment nouveau, lui non plus. A partir du moment où l'un des deux camps du champ politique seprésente comme le représentant de la France toute entière, par définition le camp adverse doit être assimilé à l'anti-France.

Dans le langage polémique actuel, les ennemis de la République et de la France, ce sont les « communautaristes ». Ce terme ne désigne plus rien deprécis et fonctionne comme une insulte ou un stigmate très efficace pour discréditer des concurrents. Le simple fait de rappeler que la politique est toujours un enjeu de luttes, qu'elle est fondée sur des rapports deforce ; le simple fait de rattacher un programme politique à la tradition de pensée dont il est issu, peut donc désormais être vu comme un délit de« communautarisme historique ».

En utilisant ce type d'anathème pour discréditer ses adversairespolitiques, le candidat de l'UMP persiste dans la même rhétorique que celle qu'il avait déjà mobilisée lors des violences de novembre 2005.Parler de « communautarisme historique » pour disqualifier ceux qui défendent la posture de la repentance, c'est la même chose que dénoncer la « racaille » dans les conflits sociaux. C'est utiliser des références propres à un domaine, pour les plaquer sur un autre. Dans les deux cas, il s'agit de criminaliser des points de vue concurrents pour mieux les discréditer.

Le candidat fait beaucoup d'efforts pour persuader les citoyens qu'il a changé depuis novembre 2005. Mais sa manière d'argumenter montre le contraire. Au-delà de la personne elle-même, ces constantes s'expliquent par les contraintes qui pèsent aujourd'hui sur l'action politique. Pour mobiliser son électorat, le candidat de la droite doit utiliser unvocabulaire et des références que j'appelle national-sécuritaires. Dans le discours de Poitiers, on voit parfaitement le lien entre la dénonciation de la repentance et la stigmatisation de l'immigration. Comme j'ai tenté de le montrer dans un livre à paraître (1), depuis les débuts de la IIIe République, le discours de la droite républicaine sur l'immigration reproduit toujours la même argumentation. On la retrouve intégralement dans le discours de Poitiers. Le candidat de l'UMP commence par rappeler son attachement aux « droits de l'homme ». Ensuite, la « chasse aux clandestins » est présentée comme une mesure destinée à défendre les immigrés eux-mêmes contre « les marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule qui n'hésitent pas à mettre en danger la vie des pauvres malheureux dont ils exploitent la détresse ». Enfin, nous arrivons au coeur du propos, qui énumère la longue litanie des stéréotypes du moment sur les immigrants, visant à dénoncer ceux « qui ne respectent pas nos valeurs » ; « ceux qui veulent soumettre leur femme, ceux qui veulent pratiquer la polygamie, l'excision ou le mariage forcé, ceux qui veulent imposer à leurs soeurs la loi des grands frères, ceux qui ne veulent pas que leur femme s'habille comme elle le souhaite ».

Ce discours national-sécuritaire a pour fonction de mobiliser l'électorat clairement positionné à droite, mais il ne permet pas d'imposer l'image du rassembleur « qui a changé ». C'est la raison pour laquelle, il fallait procéder à une sorte de provocation mémorielle, en se référant à Jaurès et à Blum, pour alimenter la chronique politique sur le thème du « changement ».

(1): Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France(XIXe-XXe siècle), Paris, Fayard, mars 2007.

17.3.07

UMP: le bilan (5)

Nous serons bientôt le 20 mars 2007. Triste anniversaire que celui des 4 ans d'occupation de l'Irak par les troupes impérialistes.
S'il est un point positif, un seul, dans le bilan de Chirac, c'est d'avoir refusé de participer à l'agression contre l'Irak. Or, sur le plan des relations internationales, Sarkozy semble désireux de balayer l'héritage gaulliste.


Episode1
. Lors de son voyage à Washington, le 12 septembre dernier, pour une rencontre avec George Bush, Sarkozy avait déclaré que la France n'était "pas exempte de reproches" dans sa relation avec les Etats-Unis. Devant la French American Foundation, il a dénoncé "l'arrogance française" (allusion transparente à Chirac-Villepin) et a même fait preuve de son allégeance vis-à-vis de la puissance dominante: "Il n'est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l'embarras ou de donner l'impression de se réjouir de leurs difficultés" . Avec Sarkozy cela ne risque pas d'arriver: "Plus jamais nous ne devons faire de nos désaccords une crise". Cette dernière phrase est extrêmement claire.

Chirac n'a pas tardé à réagir. "Irresponsable", "Lamentable" a-t-il lâché en privé (Libération, 18 sept. 2006). Pour une fois, on ne le contredira pas.

Episode 2. Toujours à l'automne 2006, Sarkozy accorde un entretien à la revue néo-conservatrice Le Meilleur des Mondes. J'écris néo-conservatrice parce que ses collaborateurs (Glucksman, Bruckner & Cie) sont tous des laquais de l'impérialisme américain ayant défendu l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak. En outre, la revue est soutenue par la Foundation for the Defense of Democracies. Ce think tank compte dans ses rangs de nombreux amis d'Ariel Sharon, l'ex-directeur de la CIA James Woolsey, et quelques piliers du mouvement "neo-cons" (Bill Kristol, Richard Perle etc.).

Se souvenant sans doute des critiques suscitées par ses propos de septembre, Sarkozy est ici un peu plus prudent. Il admet qu'on a le droit d'avoir des désaccords avec la politique des USA (merci!). Mais quand même. "Nous partageons les mêmes valeurs, nous sommes riverains du même océan, ils sont la première puissance économique, militaire et monétaire. Nos enfants rêvent de la musique américaine et des films américains". En fait, tout cela ne contredit pas les propos tenus à Washington. Rappelons-nous: des "désaccords" oui, une "crise" non (enfin, une crise à l'ONU: l'opposition de Chirac à Bush s'arrête là...). Les centaines de milliers de victimes, les bombes au phosphore, la torture: pour Sarkozy, cela ne vaut pas une "crise" avec la puissance dominante. Nous "partageons les mêmes valeurs", nous avons juste quelques désaccords qui ne prêtent pas à conséquence.

En outre, Sarkozy rappelle avec fierté: « Mon premier voyage comme président de l’UMP était en Israël pour rencontrer Sharon ». Cet empressement à serrer la paluche d'un criminel de guerre... Non, vraiment pas de quoi être fier.

Episode 3.
Hiver 2006-2007. L'élection se rapproche. Ca y est Sarkozy le promet: il peut dire "non" à l'administration américaine et considère l'invasion de l'Irak comme "une erreur". Vous y croyez, vous?
D'ailleurs il laisse encore échapper quelques affirmations inquiétantes. Dans un entretien accordé en mars 2007 au mensuel Défense et Sécurité Internationale, Sarkozy affirme: "Parce que notre sécurité se joue de plus en plus loin de nos frontières, nous devons par ailleurs être attentifs à la consolidation de nos capacités de projection et de frappe dans la profondeur". La France est une nation impérialiste. Elle doit pouvoir frapper partout. Il en va de sa sécurité... Ca ne vous rappelle pas la rhétorique d'un certain Texan qui parle à Dieu?
L'idée semble importante pour Sarkozy puisqu'il y revient dans le même entretien: "des besoins capacitaires ne sont pas aujourd’hui suffisamment pris en compte, en particulier la frappe dans la profondeur".

14.3.07

UMP: le bilan (4)

Sarkozy se gargarise actuellement avec "l'identité nationale". Il prétend ainsi couper l'herbe sous le pied du FN. En réalité, il vise à rallier ses électeurs pour le second tour. Cette méthode consistant à débattre sur les terres du FN (mêmes thématiques, mêmes mots), cette méthode qu'il a appliquée durant tout le quinquennat, a de graves conséquences: les idées racistes progressent. Sarkozy prendra quelques électeurs à Le Pen, mais grâce au premier les idées du second gagnent du terrain.

1/ Racisme

Décembre 2005. Le sondage CSA, réalisé depuis dix ans pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) sur la xénophobie, montre une hausse spectaculaire du nombre de personnes se disant racistes. Un Français sur trois déclare que "personnellement, il dirait de lui-même qu'il est raciste" (+ 8 points par rapport à 2004). "La parole raciste s'est libérée", relève une note d'analyse confidentielle de cette instance placée auprès du premier ministre. (Le Monde, 17-12-05).

Tous les indicateurs de cette étude vont dans le même sens. 56 % des sondés (+ 18 points) estiment que le nombre d'étrangers est "trop important" et pose un problème pour l'emploi. 18 % lient cette question à l'insécurité.
Cette radicalisation est aussi marquée dans les réponses sur les immigrés : 55 % jugent leur nombre trop important (+ 9 points). Le nombre des Français qui considèrent que les travailleurs immigrés "sont en France chez eux puisqu'ils contribuent à l'économie française" baisse de 11 points.

"On assiste à une radicalisation ethnocentriste due au fait qu'une partie de l'UMP a ethnicisé la question sociale", estime Stéphane Rozès, directeur général de l'institut CSA. "Ce glissement est certes un résultat direct des émeutes, avec un réflexe d'ordre, mais aussi la conséquence des discours du gouvernement et de la droite, qui ont multiplié les propos provocateurs et stigmatisant les étrangers", assure une figure de la défense des libertés.

2/ La responsabilité de l'UMP

Les rengaines sur "l'immigration choisie" et "l'identité nationale" n'y sont pas pour rien.
"C'est un hommage permanent", ironise Le Pen. S'appuyant sur la crise des banlieues, de nombreux députés UMP n'ont pas hésité à tomber le masque pour se retrouver sur des positions estampillées FN. Ainsi Jacques Myard, proche de Charles Pasqua, a-t-il exigé la création de "bataillons disciplinaires" pour mettre au pas "ces jeunes, Français malgré eux, issus de l'immigration arabo-africaine". Le député UMP des Yvelines a également demandé une réforme de l'ordonnance de 1945 afin de pouvoir expulser sans délai les étrangers condamnés lors des émeutes. Un discours aux relents lepénistes encouragé par Nicolas Sarkozy et loin d'être isolé parmi les députés de la majorité. En témoigne cette réunion du groupe UMP qui s'est tenue à l'Assemblée nationale mardi 8 novembre 2005, au lendemain de l'instauration du couvre-feu.

Le fond de l'air est sécuritaire et implicitement raciste. Très rares sont les élus UMP qui osent alors parler de mixité sociale et de discrimination raciale. Présent à la réunion, Nicolas Sarkozy reçoit une ovation de la part des parlementaires. La voilà enfin, cette "droite décomplexée" dont le ministre d'Etat avait tant rêvé. Une droite prête à défendre les thèses les plus improbables, comme l'a fait Bernard Accoyer, patron des députés UMP, en établissant un lien direct entre la polygamie et les violences en banlieue.
Dominique de Villepin a beau mettre sa majorité en garde contre les "amalgames", la parole de droite s'est libérée du carcan républicain comme par enchantement. "Au groupe, les fachos ont pris le pouvoir", se désole un haut dirigeant chiraquien. "Je n'ai jamais vu un groupe aussi à droite, poursuit-il. On a un paquet d'extrémistes, surtout parmi ceux qui sont élus dans les campagnes." La palme revient sans conteste à Jean-Paul Garraud, élu de Gironde, qui veut sanctionner "les délinquants qui cherchent, par des objectifs précis, à détruire la nation française". Dans un communiqué daté du 9 novembre, cet ancien magistrat reprend mot pour mot une proposition du FN : "Il est nécessaire de donner la possibilité aux tribunaux de déchoir de la nationalité française les étrangers qui l'ont acquise, si leur culpabilité est reconnue." Quelques jours plus tôt, dans une "Lettre ouverte aux angéliques et aux donneurs de leçons", une trentaine de députés UMP justifiait ainsi la politique de Sarkozy : "Nous avons confiance dans le bon sens de nos compatriotes qui ont compris depuis 2002 que les victimes valaient mieux que leurs bourreaux." S'appuyant sur le "bon sens" qu'ils prêtent aux Français, les mêmes aboutissent à des raccourcis saisissants, affirmant, par exemple, que "la police de proximité version Jospin-Vaillant a mené Jean-Marie Le Pen au deuxième tour en 2002".
Egalement signataire de cette lettre, Edouard Courtial a fait circuler un autre texte parmi ses collègues. Ce député UMP de l'Oise y réclame la suspension des allocations familiales pour les parents de délinquants et le rétablissement d'un service national obligatoire sous le contrôle de l'armée. Avec toujours la même justification : "Si on n'a pas envie que Le Pen fasse 50 % des voix, il faut être capable de parler de la réalité avec des mots simples." Plus réservé, Laurent Wauquiez traduit le sentiment majoritaire au sein de l'UMP : "Durant des années, on a subi la dictature du politiquement correct. Et là, on prend le retour de bâton." Comme ses collègues, le député de Haute-Loire constate une "radicalisation très claire" de son électorat, qui explique des dérapages des élus UMP.
L'objectif affiché vise à rabattre les cinq millions d'électeurs lepénistes dans le giron de la droite. Une stratégie ouvertement assumée par Sarkozy. Cet été, plusieurs associations avaient déjà tiré la sonnette d'alarme après une déclaration du ministre d'Etat : "Quand on vit en France (...), on aime la France, si on n'aime pas la France (...), personne ne vous oblige à rester." Soit une copie quasi parfaite du slogan lepéniste : "La France, aimez-la ou quittez-la"... Mais là où les associations dénoncent "une nouvelle passerelle xénophobe préélectorale", les sarkozystes ne voient qu'une droite retrouvant le chemin du peuple.
(avec des extraits de Libération du 21/12/05)

21.2.07

UMP: le bilan (3)

Lorsque la droite est arrivée au pouvoir en 2002 avec une majorité absolue à l'Assemblée, elle s'empressa d'effectuer quelques nominations devant conforter sa mainmise sur les institutions. Tous les rênes du pouvoir sont bientôt entre ses mains, sauf l'institution judiciaire, du fait de la (relative) séparation des pouvoirs. Les lois Perben permettront d'y remédier.

1/ Le monopole institutionnel de l'UMP

Le Monde (12/07/04): "[...] Jamais sous la Ve République le parti du président n'avait exercé une telle mainmise. Ni le général De Gaulle (1958-1965, 1965-1969) ni Georges Pompidou (1969-1974) ne disposaient d'une majorité au Sénat ; Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) devait compter avec le RPR à l'Assemblée nationale, et François Mitterrand (1981-1988, 1988-1995) a dû cohabiter avec la droite au Sénat, puis à l'Assemblée nationale et au gouvernement.

Aux nominations à la tête des organes politiques et des grands corps s'ajoutent celles aux postes les plus sensibles. Les deux grands services de renseignement sont ainsi dirigés par des hommes de l'Elysée : Pierre Brochand (DGSE) et Pierre de Bousquet de Florian (DST). Chef d'Etat-major des armées, le général Henri Bentégeat dirigeait auparavant l'état-major particulier de M. Chirac à l'Elysée. Magistrats de haut vol, le directeur des affaires criminelles et des grâces, et le procureur de Paris - les deux postes-clés de la justice française -, Jean-Claude Marin et Yves Bot, sont des proches de l'actuelle majorité ; le préfet de police de Paris, Christian Proust, a certes dirigé le cabinet de Jean-Pierre Chevènement à l'intérieur, mais il s'était fait remarquer dans celui de Charles Pasqua en 1986, où il rencontra Nicolas Sarkozy - qui l'a nommé à la "PP" en 2001. Directrice de la PJ parisienne, Martine Monteil, est, elle, une figure de la droite policière. Et l'Elysée a aussi imposé plusieurs des siens au ministère de l'économie, dont le directeur du budget, Pierre-Mathieu Duhamel, proche d'Alain Juppé."

Le fait que "le parti du Président", l'UMP, soit devenu celui du Ministre de l'Intérieur n'a fait que renforcer ce monopole institutionnel: Sarkozy a accéléré les nominations. "Ce que l'Elysée avait autrefois refusé est à présent accordé" (Le Monde 13/05/06). "Alors qu'en janvier 2004 M. Sarkozy n'était pas parvenu à imposer Bernard Squarcini à la tête des renseignements généraux, après le départ d'Yves Bertrand, il tient sa revanche deux ans plus tard et s'offre une démonstration de force politique. Le 26 avril 2005, Pascal Mailhos a quitté ses fonctions de directeur central des RG, remplacé par son adjoint, Joël Bouchité, un proche de... M. Squarcini. [...] Bernard Squarcini a fait la connaissance de M. Sarkozy en 2002, à son arrivée à Beauvau ; mais il avait déjà travaillé sous l'autorité de Claude Guéant, alors directeur général de la police, au moment des attentats de 1995. 'Squarcini, cela ne le dérange pas d'être catalogué comme sarkozyste, il en porte les stigmates', sourit un de ses proches, en référence à sa mutation à Marseille. 'En matière de nominations, reconnaît Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités locales et bras droit du ministre de l'intérieur, l'essentiel du travail est fait.'
Nommer des proches aux postes clés, flatter les vanités, s'assurer les fidélités : le procédé n'est pas nouveau. Cette pratique permet de supporter les épreuves, quelle que soit leur nature [...] 'Ici, je serai mieux protégé par les 500 000 fonctionnaires que par les militants de l'UMP', avait lancé M. Sarkozy à son retour à Beauvau, en juin 2005, pour convaincre ses partisans sceptiques. [...] 'Je veux que Christian Lambert et Bernard Squarcini soient auprès de moi." Il n'aura pas à attendre longtemps pour le premier. Rapatrié à l'automne 2005 de la Corse où il occupait la fonction de préfet délégué à la sécurité, il gère les CRS. "

NB: Claude Guéant est actuellement le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy

2/ Pour une justice docile

Les lois Perben I (promulguée en septembre 2002) et Perben II (en 2004) accentuent la dépendence de l'institution judiciaire vis-à-vis de l'exécutif et portent atteinte à de nombreuses libertés fondamentales. Pour plus de détails, voici deux documents très intéressants:

Critique de la loi Perben I par le Syndicat de la Magistrature (document pdf)
Critique de la loi Perben II par le Syndicat de la Magistrature (document pdf)

24.1.07

UMP: le bilan (2)

Introduction
Dans cette série sur l'évaluation des effets des politiques menées depuis 2002: la réforme de l'assurance-maladie.
Ce deuxième volet n'est pas sans rapport avec le précédent (les retraites). La presse capitaliste nous rappelle de façon très lucide que la méthode est la même: " Dans quelle mesure le système d’assurance-maladie, selon lequel chacun paie selon ses moyens et reçoit des soins selon ses besoins, sera-t-il préservé ? Le gouvernement jure certes qu’il n’est pas question de remettre en cause la Sécu en tant que telle. Mais, sur les retraites, il explique aussi que la loi Fillon conforte le système par répartition. Or, si la loi en réaffirme le principe, de fait, la baisse programmée du niveau des pensions ouvre plus grand la porte à la retraite par capitalisation. " (Stéphanie Tisserond, La Tribune, 5/01/04, p. 2). On ne saurait mieux décrire la politique du gouvernement Raffarin…

La réforme proposée
Avril 2003: J-F Chadelat remet au Ministre de la Santé (Mattei) le rapport que celui-ci lui avait commandé. Alors directeur du Fonds de financement de la CMU, Chadelat avait été directeur chargé des questions de santé chez AXA de 1990 à 1994. Il avait également fait partie du groupe " d’ experts" qui avait élaboré la réforme Juppé...
Il préconise un système de prise en charge à 3 étages:
  1. L’Assurance Maladie Obligatoire (AMO: "filet de sécurité" minimal),
  2. L'Assurance Maladie Complémentaire de Base (AMCB: prise en charge du ticket modérateur et des "dépassements autorisés" dans le parcours coordonné). Elle est facultative.
  3. Un troisième niveau de complémentaire sans aucune régulation prendra en charge les dépenses exclues des deux autres niveaux (comme le forfait consultation complémentaire de base)
Les syndicats ont dénoncé cette proposition d'une médecine à plusieurs vitesses. Toute baisse de prise en charge par le régime obligatoire (premier niveau) s’accompagne d’une augmentation des inégalités d’accès aux soins, puisqu’on passe d’un système où les cotisations sont proportionnelles aux revenus et ne dépendent pas de l’état de santé des gens, à un système où les cotisations sont les mêmes quelque soit le revenu et même, pour le "3e étage", vont dépendre de l’état de santé!
Tout dépend bien sûr de la répartition des dépenses entre celles qui relèvent de l’AMO et celles qui relèvent de l’AMCB. La volonté de maintenir une frontière entre couverture de base et couverture complémentaire avec la perspective de voir s’étendre le champ de cette dernière, est révélatrice d’enjeux financiers importants et inquiétante pour les assurés. Au nom de la volonté affichée de réduire le niveau des prélèvements obligatoires la tentation sera forte de transférer une part de plus en plus importante du régime obligatoire vers les complémentaires et ainsi de réduire l’AMO à un filet de sécurité minimale. Au bout du compte, les assurés subiront de plein fouet les augmentations de cotisations ou de primes auxquelles les mutuelles et les assurances seront conduits.
Plus le 3ème étage se révèle important, plus les inégalités dans l’accès aux soins risquent de s’aggraver car seuls les plus riches pourront y prétendre à ce niveau de couverture.

Le contexte
Le gouvernement Raffarin voulait mettre en oeuvre les propositions du rapport en légiférant à l'automne 2003, dans la foulée de la réforme des retraites. Bénéficiant depuis 2002 d'une majorité absolue au Parlement (acquise dans les circonstances que l'on sait...), l'UMP avait les mains libres pour appliquer rapidement les recommandations du patronat sur les grands dossiers.
Le mouvement contre la réforme des retraites ayant été défait (voir le message précédent), la droite voulait profiter du rapport de force favorable (découragement des militants, division syndicale etc.) pour imposer dans la foulée une réforme de l'Assurance Maladie.
Les effets sanitaires désastreux de la canicule de l'été 2003 ont toutefois compromis ce calendrier. Non seulement Mattéi y a perdu tout crédit, mais le sujet devenait bien trop sensible dans l'opinion publique.
La réforme fut donc reportée. En mars 2004, Douste-Blazy remplace Mattéi au Ministère de la Santé. Sa proposition de loi sur l'Assurance-Maladie est adoptée par le Parlement durant l'été 2004. En quoi consiste-t-elle?

La réforme adoptée (voir aussi ici)
  • Chaque assuré est doté d'un dossier médical personnel informatisé constitué de toutes les données de santé recueillies à l'occasion de son "parcours de soin". L'idée de départ est bonne, le problème est que la loi ne donne pas de véritable garantie contre les dérives possibles. Evoquons trois problèmes. Premièrement, un problème de confidentialité: comment s'assurer que les données seront à l'abri alors qu'elles suscitent la convoitise de nombreux acteurs (à commencer par les assurances privées qui pourront mieux exclure, ou discriminer, les "clients à profil risqué")? Si l'accès au dossier est théoriquement interdit en dehors du suivi médical, les modalités de contrôle sont très faibles. Voir, par exemple, le problème d'interconnexion des fichiers à partir du numéro de Sécurité Sociale. Deuxièmement, le problème de la standardisation du dossier médical et du codage des pathologies, qui tentent d’unifier le langage médical, mais qui, de par leur dimension réductrice, exposent au risque de substituer au patient réel son "double informationnel". Troisièmement, le problème des usages futurs de la banque de données ainsi constituée sur toute la population. Elle pourrait permettre d’en déduire des profils des consommateurs de soins, véritable tremplin pour mettre en place demain un système d’assurance-maladie concurrentiel basé sur la sélection des risques.

  • Augmentation de la CSG et de la CRDS. Le taux de la CSG taxant le revenu des retraités et pré-retraités imposables augmente de 0,4 point. L’assiette de la CSG taxant les revenus des salariés et des chômeurs passe de 95 % du salaire brut (ou de l’allocation chômage) à 97 %. Cet élargissement s’appliquera également à la CRDS... Le gouvernement aurait pu faire le choix d'un élargissement des prélèvements à l'ensemble des revenus financiers. Mais l’augmentation de 0,13 % à 0,16 % de la Contribution sociale de solidarité frappant le chiffre d’affaire (supérieur à 760 millions d’euros par an) des sociétés reste symbolique... tout comme les taxes frappant l’industrie pharmaceutique.
  • Augmentation du forfait hospitalier (cette part de dépense non remboursée était passée de 10,67 à 13 euros en septembre 2003, la loi prévoit de la porter à 14 euros, 15 euros, puis à 16 euros en 2007). Cette hausse induit un transfert de paiement vers les complémentaires qui couvrent ce forfait (avec pour effet une augmentation de cotisations) ou directement vers les usagers qui n’ont pas de complémentaire.
  • La création d'un forfait obligatoire par acte (1 euro non remboursable, sauf pour les enfants, femmes enceintes etc.).
  • L’article 32 du projet. Le but de cette aide aux complémentaires est de créer un filet de sécurité minimum (s’ajoutant à la CMU complémentaire) pour les personnes les plus démunies pour faire passer la pilule de l’augmentation des cotisations et primes des assurances complémentaires pour tous les autres. Cette aide est dérisoire, inacceptable et de toute façon aléatoire. Cette aide est dérisoire : 150 euros par an (12,50 euros par mois !) pour les personnes ne bénéficiant pas de la CMU et dont le revenu n’est pas supérieur à plus de 15 % du revenu ouvrant droit à la CMU, soit 647 euros aujourd’hui. Mais un dispositif avait déjà été mis en place permettant à tous ceux dont le revenu n’était pas supérieur à 12,7 % du revenu ouvrant droit à la CMU de percevoir une aide de 115 euros par mois. La modification que le gouvernement considère comme fondamentale ne porte donc que sur 35 euros par an, soit moins de 3 euros par mois ! Deux millions de personnes seraient concernées contre 1,6 millions aujourd’hui. Le problème est que, aujourd’hui sur ces 1,6 millions de personnes concernées, seulement 50 000 ont recours au dispositif tant l’aide concédée est dérisoire. Cette aide est inacceptable. Il s’agit d’allouer des fonds publics à des organismes privés. Ces fonds doivent revenir à l’assurance maladie obligatoire. Cette aide est de toute façon aléatoire. Il suffit pour s’en convaincre de constater le sort réservé par la droite aux prestations financées par l’impôt et sous condition de ressources : le RMI, l’Allocation Spécifique Solidarité, l’Aide Médical d’Etat....
  • Une réorganisation des structures de l'Assurance-Maladie. Pour une analyse critique de cet aspect de la réforme, voir la fiche rédigée par le syndicat Sud

4.1.07

UMP: le bilan (1)

En ce début d'année, petit rappel des méfaits du parti disposant de la majorité absolue à l'Assemblée Nationale depuis mai 2002.

Premier épisode: la réforme Fillon-Raffarin sur les retraites. En dépit d'un puissant mouvement social (forts taux de grève, 2 millions de manifestants le 13 mai 2003), la CFDT et la CGC capitulent en signant un "compromis" le 15 mai 2003. Guillaume Sarkozy, vice-président du Medef, a considéré ce "rapprochement de points de vue" entre gouvernement et "certaines centrales syndicales" comme une "bonne chose".

Pour comprendre cette réforme, il faut revenir aux années 90. La réforme Balladur (1993) avait modifié 4 aspects du régime général des retraites:

* Augmentation due nombre d'annuités nécessaire à l'obtention d'une retraite à taux plein (passant de 37.5 à 40).
* Revalorisation du salaire de référence en fonction de l'inflation, et non plus en fonction de la hausse générale des salaires
* Calcul du salaire de référence sur les 25 meilleures années, et non plus sur les 10 meilleures.
* Revalorisation des retraites en fonction des prix

Effet pour un salarié du privé (salaire moyen, donc non-cadre): la baisse du taux de remplacement brut global varie de 22 % (pour des salariés avec une durée de cotisation au moins égale à 40 ans) à un peu plus de 40 % (43 %) pour ceux qui ont des carrières incomplètes ne leur permettant pas d’obtenir une pension à taux plein.
Il s’agit là de la situation que connaîtraient des salariés pour lesquels les réformes des années 1990 s’appliqueraient pour l’intégralité de leur carrière. Dans la réalité, en raison de la mise en oeuvre progressive de ces réformes et compte tenu du fait que d’autres changements sont intervenus depuis avec la réforme Raffarin, la situation « réelle » que connaissent les salariés qui partent aujourd’hui en retraite est différente.

La réforme Fillon-Raffarin porte en effet le nombre d'annuités à 41 (en 2012) puis 42, voire 44, tant pour le régime général que pour celui des fonctionnaires (qui n'avait pas été concerné par la réforme Balladur).

Pour un salarié non-cadre: La réforme se traduit globalement par une légère amélioration pour les très faibles durées de cotisation (en raison de la réduction de la décote dans le régime général pour les carrières incomplètes), mais qui ne parvient pas à compenser les effets des réformes des années 1990. Pour les autres salariés, la réforme Raffarin confirme voire amplifie les effets à la baisse des réformes précédentes, sauf pour les très longues carrières qui bénéficient d’une légère amélioration en raison de l’introduction d’une « surcote » pour les salariés travaillant au delà de la durée légale, soit au delà de 42 ou 44 ans selon les hypothèses. Pour la très grande majorité des salariés, c’est donc un approfondissement de la baisse des taux de remplacement amorcée par les réformes des années 1990.
Cette dégradation s’accentue avec l’accord des régimes de retraite complémentaire de novembre 2003.
La baisse du niveau des pensions est importante à long terme : elle est maximale (- 40 %) pour les salariés ayant 39 ou 40 années de cotisation.

Globalement, si l’on compare la réglementation « Après Raffarin » à celle en vigueur avant les réformes des années1990 (situation « avant Balladur »), la baisse des taux de remplacement est importante quelle que soit la durée de cotisation (graphique 6 et graphique C en annexe). Cette baisse varie dans une fourchette de 28 % à 35 % et elle dépasse 30%dans une très large majorité de situations. La diminution de moitié de la décote pour carrière incomplète introduite par la réforme Raffarin permet de limiter cette baisse lorsque les salariés partent à 60 ans avec de très courtes carrières (moins de 35 ans). Mais l’effet de l’allongement de la durée de cotisation nécessaire pour percevoir une retraite à taux plein conjugué aux autres changements réglementaires l’emporte sur la baisse de la décote dans tous les autres cas, ce qui accentue la dégradation des taux de remplacement pour un départ à 60 ans. Dans ce cas, la baisse des taux de remplacement est de plus de 40 % pour des carrières comprises entre 36 ans et 41 ans et dépasse même 50 % pour les salariés ayant 38 ans de carrière.

Effets pour les cadres (salariés ayant effectué toute leur carrière avec un salaire égal à deux fois le salaire moyen): les proportions respectives de la pension de base et de celles accordées par les régimes complémentaires sont quasiment inversées par rapport au cas précédent : dans la situation « Avant
Balladur », la pension de base du régime général représente dans tous les cas moins de 40 % de la pension totale. Compte tenu de cette structure particulière des pensions pour les salariés cadres, les effets des réformes sont différents de ceux observés pour les salariés ayant effectué une carrière au salaire moyen.

Réforme Balladur: la baisse des taux de remplacement dans le régime général varie de 16 % à 44 % en fonction de la durée de cotisation. Elle est la plus importante – comprise entre 30 % et 44 % – pour des salariés ayant travaillé entre 34 et 38 ans. La baisse du taux de remplacement assuré par le total des pensions versées par les régimes complémentaires ARRCO et AGIRC apparaît plus importante, comprise entre 34 % et 44 %. Compte tenu du poids important des régimes complémentaires pour ces salariés cadres, la baisse du taux de remplacement global (pension de base plus pensions complémentaires) est plus importante que pour les salariés non cadres : elle s’échelonne de 29 % à 44 %. Elle est la plus forte – voisine ou supérieure à 40 % – pour les salariés ayant des durées de cotisation variant de 35 ans à 38 ans.

Les effets de la réforme Raffarin sont globalement assez voisins de ceux observés pour un salarié ayant perçu un salaire moyen : le taux de remplacement est légèrement plus élevé dans la simulation « après Raffarin » que dans celle « après Balladur » pour les salariés avec de faibles durées de cotisation (inférieures à 36 ans). Mais la prise en compte des accords conclus dans les régimes complémentaires en novembre 2003 fait plus qu’annuler cette hausse : dans tous les cas, la situation se dégrade plus ou moins fortement.

Pour les fonctionnaires, les effets de la réforme de 2003 sont plus simples à analyser. Quel que soit le niveau du salaire, la baisse du taux de remplacement est identique. Ceci traduit le fait que le régime de pensions des fonctionnaires repose sur un principe d’annuités : chaque année validée donne droit à une pension égale à un certain pourcentage de son « dernier » traitement.

A terme, pour tous les fonctionnaires ayant une durée de cotisation inférieure ou égale à 40 ans, la baisse du taux de remplacement sera d’environ 35 % lorsque la durée exigée pour percevoir une pension à taux plein sera de 44 ans. Pour des durées de carrière égales ou supérieures à 40 ans, cette baisse diminue progressivement.
Cette baisse des taux de remplacement sera évidemment plus faible pour les fonctionnaires qui poursuivent leur carrière jusqu’à la limite d’âge de leur corps, puisque les coefficients de minoration pour carrière incomplète ne s’appliquent plus.

L'alternative
Comme son nom l’indique, un régime par répartition se borne à redistribuer auprès des retraités les cotisations (salariales et patronales) versées par les entreprises au prorata de leur masse salariale. Son équilibre dépend donc de trois variables-clés :

- le taux de cotisation soit le rapport entre cotisations et masse salariale ;
- le taux de remplacement, soit le rapport moyen entre pension et salaire net ;
- le ratio de dépendance, soit le rapport entre nombre de retraités et nombre de salariés actifs.

Le ratio de dépendance augmente. Toute la politique patronale (relayée par l'UMP) consiste à geler le taux de cotisation, l'ajustement se fait donc par le taux de remplacement (au détriment des retraités... et des demandeurs d'emploi). POUR FAIRE FACE AUX BESOINS, EXIGEONS UNE HAUSSE DU TAUX DE COTISATION: IMPOSONS UNE AUTRE REPARTITION DE LA VALEUR AJOUTEE !

Source: "Retraites: Les scénarios de la réforme", Revue de l'IRES, n°44, 2004.

23.12.06

Evolution du réformisme

Dans Le Point du 21-12-06, Claude Imbert (vous savez, l'éditorialiste qui s'affirme lui-même "un peu islamophobe"), a redit son admiration pour Ségolène Royal.

"Faute d'avoir épousé le réformisme social-démocrate de ses grands voisins européens, faute d'avoir renoncé aux démagogies du "gagner plus en travaillant moins", le vieux parti sombrait dans l'archaïque".
Avec elle l'hégémonie politique du patronat sera presque totale, et Imbert s'en félicite: "Le couple Sarko-Ségo reproduit avec bonheur le couple alternatif de toutes les grandes démocraties modernes"

On peut lire à ce sujet un petit texte sur l'excellent blog de Sébastien Fontenelle.

Pour ma part, il me semble que même si la transformation du PS s'accélère, ce parti est encore assez différent du SPD ou du New Labour Party. Avec l'échec du rassemblement pour une candidature unitaire antilibérale, l'alignement du PS sur le social-libéralisme européen devient plus facile...
Heureusement, le rassemblement unitaire visait plus loin que les présidentielles (les prochaines luttes sociales, les élections municipales... Et à terme, la création d'un grand parti anticapitaliste). Et une bonne partie des militants va continuer (voir la fin du texte ci-dessous).

DÉCLARATION DE PORTE PAROLE DU COLLECTIF NATIONAL POUR DES CANDIDATURES UNITAIRES ANTI-LIBÉRALES

Comme nous le redoutions, le Parti communiste vient de décider de la candidature de Marie-George Buffet.

Nos appels à la responsabilité n’auront donc pas été entendus. Les résultats de la seconde consultation des collectifs unitaires anti- libéraux, qui commencent à peine à remonter, n’auront pas davantage été pris en compte. C’est d'autant plus regrettable qu'une rapide analyse de ceux déjà reçus démontre au moins une chose : une volonté très majoritaire de ne pas s'en tenir à l'échec et de continuer à rechercher un consensus.

La direction du PCF n’aura, en réalité, à aucun moment voulu envisager une autre hypothèse que la présentation de sa secrétaire nationale.

Un coup terrible est ainsi porté à la perspective de candidatures unitaires de la gauche anti-libérale, à l’élection présidentielle et aux élections législatives. Le travail de milliers de militantes et de militants, au sein des collectifs, est nié, avec pour seul effet prévisible d’éparpiller les voix des électrices et électeurs qui auraient pu se reconnaître dans notre rassemblement. Des millions d’hommes et de femmes de gauche, qui s’étaient pris à espérer en une autre voie à gauche, dans la foulée de la campagne du « non » de gauche au TCE, s’en retrouvent à présent confrontés au risque de n’avoir le choix, en avril prochain, qu’entre des candidats de témoignage et la représentante d’un Parti socialiste qui accentue chaque jour son cours social-libéral.

Nous prenons acte, en la déplorant, de la décision du PCF. La candidature de Marie-George Buffet portera donc les seules couleurs de ce parti. Elle ne pourra ni incarner, ni se revendiquer de l’expérience inédite qui nous aura, des mois durant, réuni dans des centaines de collectifs de terrain ou dans ces grands meetings qui auront rassemblé des dizaines de milliers de participants.

Nous voulons, à cet égard, mettre solennellement en garde les dirigeants du PCF contre toute tentation de s’approprier la légitimité du processus unitaire pour l’élection présidentielle qu’ils ont choisi de ne pas construire jusqu’au bout. Nous pensons notamment au tract diffusé massivement suite au vote des militants communistes.

Pour notre part, nous aurons jusqu’au dernier instant cherché à éviter l’irréparable, réfléchi à des solutions permettant d’aboutir à un accord sur le nom appelé à figurer sur le bulletin de vote, tenté d’aboutir à un double consensus entre les collectifs et les sensibilités politiques.

Nous ne résignons pas à l’échec et à l’impuissance de la gauche antilibérale.
Nous ne voulons pas, à notre tour, nous dérober à la nécessité de battre la droite et de construire une alternative à la gauche sociale-libérale.

Les collectifs représentent un cadre précieux de réflexion et d’action. C’est pourquoi nous avons proposé que le Collectif national pour des candidatures unitaires, réuni le 21 décembre, les appelle « à réfléchir ensemble aux moyens de poursuivre le combat pour une autre voie à gauche ». C’est dans le même esprit que nous estimons nécessaire qu’ils se retrouvent à l’occasion d’une nouvelle réunion nationale, les 20 et 21 janvier prochains, pour confronter leurs réflexions, tirer conjointement le bilan de leur action, dégager des perspectives pour le futur. Nous leur faisons aujourd’hui cette proposition, en regrettant que la délégation du PCF au Collectif national n’ait pas jugé cette perspective opportune à ce stade.

Les liens tissés entre militants de traditions et de cultures différentes, les avancées réalisées à travers les textes « Ambition- Stratégie », comme à travers les 125 propositions du projet de programme, ne peuvent être bradés. Ils constituent un patrimoine commun précieux pour ouvrir demain une nouvelle perspective à gauche.

Hamida BEN SADIA - Jean-Jacques BOISLAROUSSIE - Pierre CARASSUS - France COUMIAN - ÉRIC COQUEREL - Claude DEBONS - Christian PICQUET - Claire VILLIERS. Clémentine AUTAIN - Patrick BRAOUEZEC - Yves SALESSE

23.11.06

Rwanda: Bruguière fait diversion

Après avoir fermé les yeux sur le génocide, puis protégé les génocidaires contre les représailles du FPR, l'impérialisme français tente de se défausser sur Kagame, chef du FPR (soutenu à l'époque par l'impérialisme américain...). Deux articles de Libération, publiés le 23/11/06, permettent d'y voir un peu plus clair après les surprenantes déclarations du juge Bruguière au sujet de l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du Président du Rwanda (Habyarimana). Kagame en était probablement responsable. Est-ce à dire qu'il a "déclenché" le génocide?

Rwanda
Une relecture ambiguë de l'histoire
Le juge Bruguière occulte le fait que le génocide avait été préparé depuis des années
Par Christophe AYAD (Libération)

[...] L'initiative du juge Bruguière ne manquera pas de relancer le débat et, déjà, les cercles hutus militants et anti-Kagame s'agitent sur l'Internet pour renverser la charge du génocide. En substance, leur raisonnement est le suivant : tout le monde savait qu'un tel acte provoquerait des massacres de Tutsis à grande échelle et une réaction terrible des Hutus ; celui qui a commis l'attentat a agi en connaissance de cause ; Paul Kagame, le chef tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), grandi en exil en Ouganda, porte la principale responsabilité du massacre des Tutsis de l'intérieur, qu'il a sacrifiés à son but de guerre. Une variante, plus militante, attribue même à Kagame l'intention d'avoir provoqué un génocide en connaissance de cause, pour pouvoir se prévaloir de la «légitimité des cadavres».

Sans aller jusque-là, le juge Bruguière s'inscrit dans cette logique. Il écrit sur un ton parfois plus pamphlétaire ou polémique que juridique : «Le général avait délibérément opté pour un modus operandi qui, dans le contexte particulièrement tendu régnant tant au Rwanda qu'au Burundi entre les communautés hutue et tutsie, ne pouvait qu'entraîner en réaction des représailles sanglantes envers la communauté tutsie qui lui offriraient le motif légitime pour reprendre les hostilités et s'emparer du pouvoir avec le soutien de la communauté internationale.» Dans un autre passage, le juge insiste sur le caractère «prémédité» de l'attentat, qui aurait été décidé dès fin 1993. Cette précision n'a rien d'un détail. Les avocats des présumés responsables du génocide, jugés devant le Tribunal pénal d'Arusha (TPIR), cherchent à prouver qu'il n'avait rien de planifié ni prémédité : un massacre de masse spontané, en somme. Si jamais la préméditation est le fait de Kagame, les hauts responsables hutus extrémistes de l'époque s'en trouveraient disculpés... D'où la bruyante satisfaction exprimée mardi depuis Arusha par les avocats de la défense auprès du TPIR.

Ce raisonnement -­ et celui de Bruguière dans une moindre mesure ­- comporte une faille majeure : si le génocide a démarré aussi rapidement, avec autant d'efficacité meurtrière, c'est qu'il était en germe, préparé en quelque sorte. Tout ce débat autour de qui a abattu l'avion occulte des faits précis et connus : la propagande de la radio Mille Collines et des médias de la haine, la formation et l'entraînement des milices Interahamwe, le massacre des populations d'ethnie bagogwe dans le nord du Rwanda en 1991, les massacres de grande ampleur de Tutsis (quelque 20 000 morts) au Bugesera en mars 1992, qui préfiguraient le modus operandi du génocide avec la participation conjointe de gendarmes, de miliciens et de simples paysans ... Au point que certains vont jusqu'à dire qu'un génocide (rampant) avait déjà commencé quand l'avion a été abattu.


Un ennemi résolu de la France
Ex-guérillero, Kagame a conquis le pouvoir contre la volonté de Paris.
Par Thomas HOFNUNG (Libération)

[...] Pour Kagame, l'enquête du juge Jean-Louis Bruguière n'est qu'une énième tentative de déstabilisation de Paris. Une nouvelle preuve de la volonté des Français de continuer leur guerre contre lui par d'autres moyens. «Cela ne veut rien dire qu'un juge en France dont je ne peux même pas prononcer le nom ait quelque chose à dire au sujet du Rwanda et veuille juger un président et des responsables de son gouvernement», a-t-il martelé, hier, ajoutant que la France «devrait d'abord se juger elle-même, car elle a tué notre peuple».

Bruguière, un nom qui, au sens propre, reste en travers de la gorge du président rwandais. Car Kagame n'est ni francophile ni francophone. En 1961, il a 4 ans lorsque ses parents, des Tutsis apparentés à un clan de sang royal, doivent fuir les pogroms de la majorité hutue pour se réfugier en Ouganda. C'est dans ce pays anglophone qu'il se lie avec un jeune homme promis à un bel avenir, Yoweri Museveni. Après des années de guérilla dans le bush, Museveni prend le pouvoir à Kampala et nomme comme chef des renseignements un étranger dans lequel il a toute confiance : Paul Kagame.

Formé à bonne école, mais aussi dans une académie militaire du Kansas, aux Etats-Unis, ce guérillero longiligne, qui dépasse le mètre quatre-vingt-dix, à l'allure d'intellectuel avec ses fines lunettes rondes, participe à la création du FPR, une machine de guerre lancée à la conquête du pouvoir à Kigali. Car Kagame n'a qu'un rêve : rentrer chez lui. Juste retour des choses, il peut compter pour y parvenir sur l'aide de Museveni ­ lui-même soutenu activement par Washington. Mais sur sa route se dresse un obstacle de taille : la France, qui, sollicitée par Habyarimana, s'engage politiquement et militairement aux côtés du régime de Kigali. En 1992, Kagame se rend à Paris pour des discussions secrètes, et garde de son voyage un souvenir cuisant : manoeuvre d'intimidation ou gaffe des services de police, il est jeté en prison durant plusieurs heures, avant d'être relâché sans un mot d'excuse.

Critiques. En juillet 1994, le FPR s'empare du pouvoir à Kigali, dans un pays parsemé de charniers. Kagame est nommé ministre de la Défense, mais dans les faits, il dirige le pays. Deux ans plus tard, il parraine, avec son ami Museveni, l'arrivée de Kabila père au pouvoir à Kinshasa, après une offensive éclair de plusieurs milliers de kilomètres. Longtemps, malgré les soupçons de massacres à grande échelle des Hutus réfugiés au Congo par ses troupes, Kagame a bénéficié de la mansuétude de ses alliés américain et britannique. Mais son interventionnisme persistant dans l'ex-Zaïre, dont Kigali pille allégrement, selon l'ONU, les ressources minières, suscite des critiques croissantes. Mais pas au Rwanda, où aucune voix discordante ne se fait entendre. En 2003, Kagame le Tutsi, qui a banni toute mention ethnique sur les documents officiels, a été élu président par une majorité de Hutus. Une majorité silencieuse.


INFORMATIONS SUPPLEMENTAIRES
Un rapport de la «National Security Archive» démontre que l'impérialisme américain savait: http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB117/

13.11.06

Cela n'a rien de comique

A la fête du FN, était donc présent Dieudonné. Il est arrivé accompagnant l'ancien conseiller régional d'Ile-de-France frontiste, Farid Smahi. Libération affirme même que Dieudonné était "affublé d'un pin's «Le Pen Président», qu'il retire prestement." (13-11-06).
Pas très étonnant si l'on examine sa trajectoire récente. On se souvient de certains de ses infâmes propos (genre: "Le racisme a été inventé par Abraham", 23 janvier 2002 - Lyon Capitale. Ou: "Les juifs ont souffert moins que les noirs" Février 2005, Le Quotidien d'Oran). On sait moins qu'il exprime régulièrement sa solidarité envers les dirigeants du FN.


Dieudonné soutient la "liberté d'expression" du FN...
Après la suspension de Gollnisch à l'Université Lyon III, Dieudonné avait affirmé: "quand je vois ce qui se passe aussi avec M. Gollnisch, retirer son travail à quelqu'un sans que la justice ait pu se prononcer. On est dans un Etat de droit, sous la pression d'un lobby qui se croit tout permis dans ce pays". Parler de "lobby" dans une affaire de révisionnisme n'est pas un hasard (1).
Dieudonné dresse fréquemment un parallèle entre sa situation et celle de Le Pen: "plus ils cassent Le Pen, plus les gens votent pour lui. Plus on me casse moi, plus on vient me voir. Ils sont en train de perdre leur pouvoir, les sionistes. Tant mieux" (dans le journal algérien L'Expression ). En mai 2006, Dieudonné accorde un entretien au journal « Le choc du mois » (dirigé par Jean Marie Molitor, également directeur de "Minute") et affirme au sujet de Le Pen : "Il est la vraie droite, je suis la vraie gauche. Le Nouvel Empire n'aime ni les uns ni les autres ».

... et vice-versa
Le directeur de campagne de Dieudonné (avant qu'il n'abandonne, le 11 octobre, l'idée de se présenter à la présidentielle) n'était autre que Marc Robert: un ancien du FN (2)
Lors de ses déboires avec la justice, Dieudonné avait reçu le soutien de Hugues Petit, conseiller régional Front National Rhône-Alpes et proche de Bruno Gollnisch : « Je soutiendrai sans réserve Dieudonné s'il est poursuivi au nom de la loi Gayssot pour ses derniers propos ».
Au Bourget, Le Pen était heureux de la présence de celui qui peut à la fois lui servir d'alibi électoral (contre l'accusation de racisme) et de gage envers la fraction antisémite de son parti: "S'il me manquait une voix pour être élu à la présidentielle, et bien je serais bien content que ce soit celle de Dieudonné. C'est un Français comme les autres. Il est le bienvenu à la fête de l'union patriotique".

Complications
Bien sûr cela ne ravit pas tout le monde au FN. Il y a ceux qui insultent celui qu'ils qualifient de "sale nègre". Il y a aussi ceux qui, comme Marine Le Pen, estiment que la présence de Dieudonné va encore ternir l'image du FN.
Le FN risque d'éclater à la mort du borgne. Tant mieux.

Libération a remarqué la présence d'un autre invité surprise au Bourget: "Dans le même temps, le président de la Ligue de défense juive (LDJ), Anthony Attal, arpentait, lui aussi, les stands. Autre signe, sans doute, de «l'ouverture» du FN..."
Ce que ne dit pas Libé, c'est que la LDJ, qui s'affiche publiquement en France, dans les manifs du CRIF et dans ses centres d'entraînement, est une organisation interdite aux USA et en Israël, pour violence et racisme.
Le 20 janvier 2005, un groupe (5-6 individus) de la LDJ a attaqué, par trois fois, des syndicalistes qui faisaient signer un appel de solidarité avec les travailleurs et syndicalistes palestiniens. C'était lors d'une manifestation unitaire de défense des services publics. Heureusement les fonctionnaires qui défilaient ont immédiatement protégés les syndicalistes agressés. Une jeune femme a toutefois été légèrement blessée. Des manifestants ont pu photographier les agresseurs.
Le procureur de la République a décidé de poursuivre Anthony ATTAL pour "violence en réunion et incapacité de travail n'excédant pas huit jours". Cet individu ayant déjà été condamné, pour des faits semblables, à dix mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve, il devrait être condamné à de la prison ferme (3).

NOTES:
(1) Voir ce blog sur Dieudonné et le négationnisme
(2) Le cabinet de campagne de Dieudonné comprenait aussi Ginette Hess Skandrani, antisémite exclue des Verts pour avoir publié des textes sur un site négationniste (fermé depuis par la justice) et dans un journal négationniste tunisien. Elle soutenait, selon elle, "un candidat impertinent qui dénonce toutes les atteintes à la liberté de pensée, d’expression et de recherche pour tous les historiens"
(3) Pour soutenir cette courageuse jeune femme: MERCREDI 15 NOVEMBRE, à 9 H, salle d'audience de la
16ème chambre / TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE PARIS, 4 BOULEVARD DU PALAIS, MÉTRO CITÉ.

10.11.06

Continuités impérialistes

Le Washington Times a noté que si les démocrates ont gagné, c'est grâce à " des candidats favorables à une baisse des impôts, au second amendement [sur le droit au port d'une arme], ou même anti-avortement".

Ce n'est pas sur le thème des "valeurs" ni sur leur programme économique que les démocrates se sont démarqués. "La défaite des républicains est perçue aux Etats-Unis comme un désaveu de la politique de George Bush en Irak. Le président a lui-même donné du crédit à cette lecture en remplaçant dès mercredi son secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, par l'ancien directeur de la CIA Robert Gates" (Le Monde, 09-11-06).

Mais ce "désaveu" ne signifie pas que le retrait est proche, car il ne porte que sur les modalités de la guerre. Les démocrates ne sont pas opposés à la guerre en Irak. Encore moins à celle d'Afghanistan.

Durant la campagne, Clinton a d'ailleurs passé son temps à jouer les va-t-en-guerre. Dans un entretien accordé à Chris Wallace, journaliste de Fox News, il a rappelé que les démocrates étaient "à cent pour cent pour les actions en Afghanistan". Il a même affirmé: « Après [l’attentat à la bombe du destroyer américain] Cole, j’ai planifié d'aller en Afghanistan, de renverser les talibans et de lancer une attaque à grande échelle pour trouver ben Laden. » Après avoir expliqué pourquoi il n'a pas pu le faire, Clinton a continué en déclarant : « Si j’étais toujours président, nous aurions plus que 20 000 soldats là-bas pour tuer [Oussama ben Laden] » .

Opinion partagée par le candidat malheureux à la présidentielle, John Kerry. Dans un commentaire rédigé pour la page éditoriale du Wall Street Journal, il regrette l'opposition grandissante à l'occupation américaine de l'Afghanistan, et déclare: « Nous devons modifier notre trajectoire, en commençant par le déploiement immédiat d'au moins 5000 soldats américains de plus. »

2.11.06

Oaxaca, photos (suite)

La suite des photos de la BBC:



31.10.06

Répression à Oaxaca

Les médias français avaient pratiquement ignoré les affrontements qui ont eu lieu pendant 5 mois à Oaxaca (capitale de la province mexicaine du même nom). A partir du moment où un journaliste Etats-Uniens a été malencontreusement abattu par la police mexicaine, les rédactions se sont un peu réveillées. Il y avait pourtant déjà eu une quinzaine de morts parmi les militants de gauche.

On trouve quelques informations dans les médias étrangers. La photo ci-dessous montre la marche qui devrait bientôt atteindre Mexico. Elle est tirée du site du Guardian, les autres sont extraites de celui de la BBC.

Petit rappel: la grève des enseignants, amorcée le 22 mai dernier, avait pour mot d'ordre initial une indexation des salaires sur l'inflation. La répression fut très violente, notamment le 14 juin. Depuis, le mouvement s'est élargi aux paysans et s'est politisé. Il exige la démission du gouverneur Ulises Ruiz (affilié au PRI et élu de façon frauduleuse) et la libération des prisonniers politiques. La droite (le PAN dont est issu V. Fox) a d'abord soutenu Ruiz, de peur que de nouvelles élections ne profitent au PRD. Mais la situation est devenue trop instable à leur goût: lundi les députés du PAN et du PRD ont voté une motion exigeant le départ de Ruiz. Celui-ci s'accroche toujours.

Il faut aussi remarquer que des centaines de milliers de Mexicains des environs sont venus soutenir les insurgés: tandis que Oaxaca compte environ 200 000 habitants, certaines manifestations ont frôlé le million de participants. Le mouvement est organisé: l'Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca (APPO) a géré la ville de façon autonome durant plusieurs mois.

Dimanche dernier, 4000 policiers fédéraux ont investi la ville avec leur équipement anti-émeute. Ils ont repris le contrôle de la grande place de la ville, qui constituait le principal lieu de convergence des grèvistes. Bilan: 3 ou 4 morts, dont un adolescent de 14 ans.

En fin d'article, Le Monde nous annonce sur un ton très flegmatique: "L'ONU a par ailleurs demandé aux autorités mexicaines d'ouvrir une enquête sur les circonstances dans lesquelles sont mortes les quinze personnes tuées au cours des cinq derniers mois, apparemment des militants de gauche, le plus souvent tuées par balle sur des barricades. La ville mexicaine, très appréciée des touristes pour son centre-ville historique et les vestiges archéologiques des environs, commence à porter les marques de cinq mois d'agitation."

Les manifestants de Oaxaca ont reçu le soutien de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), qui a appelé à un blocage des routes mercredi et à une grève nationale le 20 novembre.

18.10.06

Il ne nous manque pas

Il a récemment dit: "Les forces de la France sont au coeur des Français"

Excellent, non? Alors devinez qui est l'auteur de cette merveilleuse pensée.

Vous ne voyez pas ? Un petit indice. Il a aussi dit:

" The Yes needs the No to win, against the No..." (France 2)
"La route est droite mais la pente est forte" (Libération, 31 mai 2005)
" les syndicats aujourd'hui sont d'accord pour l'union du non mais ils ne sont pas d'accord pour une union du oui. Ils ont une négative attitude. Ils n'ont pas une positive proposition "
" Il faut garder la Positive Attitude"
"Je veux dire aux jeunes que la jeunesse c'est leur visage"
"L'avenir est une suite de quotidiens"
"L'homme doit rester l'origine de notre pensée et non l'objet de la société"

Toujours pas?
Deuxième indice: on le surnomme le bossu du Poitou.

Bon, dernier indice: face à des millions de grèvistes mécontents de voir leurs retraites saccagées, il a affirmé: "La rue doit s'exprimer mais ce n'est pas la rue qui gouverne"

16.10.06

Hanna Arendt

Elle est née en Allemagne il y a un siècle tout juste. Aussi en entend-on beaucoup parler ces jours-ci. Deux petits commentaires.

J'aime: sa réflexion sur la "banalité du mal". Lors de la publication de ses chroniques sur le procès d'Adolf Eichmann (à Jérusalem en 1961), elle était en conflit avec une grande partie de la presse israëlienne. Pour de bonnes raisons, il me semble. Elle a juste remarqué ce que la ligne de défense d'Eichmann ("j'ai suivi les ordres")impliquait: celui qui fut nommé "administrateur du transport" lors de la conférence de Wannsee (janvier 1942), c'est-à-dire celui qui fut chargé de mettre en place la "solution finale", n'était ni un fou ni un "monstre" mais un homme ayant décidé d'obéir jusqu'au bout. Les gens comme lui étaient "effroyablement normaux". Dans son témoignage sur Auschwitz, Primo Levi a écrit : "Ils étaient faits de la même étoffe que nous, c’étaient des êtres humains moyens, moyennement intelligents, d’une méchanceté moyenne : sauf exception, ce n’étaient pas des monstres, ils avaient notre visage".

En revanche, je n'aime pas: l'idée (fausse) selon laquelle le stalinisme et le nazisme sont l'expression d'un même mouvement de destruction, le "totalitarisme". Il faut étudier et critiquer chacun de ces deux systèmes plutôt que de tenter de les rapprocher à tout prix. Arendt tente de théoriser les ressemblances au niveau de la propagande (utilisation de la terreur et du mensonge), de l'organisation ("l'Etat total") et de la police secrète. Il existe des points communes. Mais cette comparaison, bien que nettement supérieure aux âneries de Stéphane Courtois, amène Arendt à commettre plusieurs erreurs. Elle affirme "utiliser le mot totalitaire avec parcimonie et prudence". Mais la méthode demeure abusive.

5.10.06

USA: la guerre et les élections

Aux USA, les élections de mi-mandat se dérouleront le 7 novembre 2006. Elles concernent les deux chambres du Congrès :
  • La totalité des 435 sièges de la Chambre des Représentants (ou "chambre basse") sont remis en jeu. La Chambre compte actuellement 231 republicains, 201 démocrates, un indépendant et deux sièges vacants.
  • Au Sénat, 33 des 100 sièges feront l'objet d'un vote, le Sénateur étant élu pour 6 ans (un tiers des mandats du Sénat sont renouvelés tous les deux ans).Sur les 33 sièges remis en jeu, 17 sont occupés par des démocrates, 15 par des républicains et 1 par un indépendant.
A la Chambre des Représentants, les démocrates doivent donc conquérir 30 sièges (chacun des 50 Etats a un nombre de siège en fonction de son poids démographique) pour obtenir la majorité. Au Sénat, les démocrates doivent donc conquérir 6 des 16 Etats "adverses" (et ne perdre aucun des 17 dont ils disposent) pour obtenir la majorité... Cela paraît très peu probable. Au niveau national, l'opposition démocrate bénéficie de 53% des intentions de vote contre 43% seulement pour le parti républicain, selon un sondage publié le 5 septembre par CNN.

Tout dépend de l'évolution de la tendance jusqu'au jour du scrutin et de la répartition territoriale des suffrages mais le résultat le plus probable est une Chambre des Représentants démocrate et un Sénat républicain.

La bonne nouvelle est que l'une des raisons pour lesquelles le parti républicain risque de perdre des sièges est une opposition croissante à l'occupation de l'Irak. Voici le résultat d'un sondage réalisé en mars 2006 par TNS pour ABC News/Washington Post. La majorité des personnes interrogées désapprouvent la politique de Bush en Irak et estiment que "cela ne valait pas le coup". Ils ne font pas pour autant confiance aux démocrates qui, rappelons-le, était favorables à la guerre! Si les démocrates en profitent c'est uniquement grâce au système de bipartisme...
En dépit d'une nette diminution de la proportion de ceux qui estiment que la guerre a contribué à la sécurité des Etats-Unis, les personnes interrogées demeurent encore très partagées sur cette question : la propagande de Bush n'est pas encore complètement discréditée. Voici les détails (j'indique entre parenthèses les résultats du même sondage un an et deux ans plus tôt):

"Do you approve or disapprove of the way Bush is handling the situation in Iraq?"
Approve 40% (mars 2005: 39%) (mars 2004: 46%)
Disapprove 59% (mars 2005: 57%) (mars 2004: 53%)
Unsure 1% (mars 2005: 4%) (mars 2004: 1%)

"All in all, considering the costs to the United States versus the benefits to the United States, do you think the war with Iraq was worth fighting, or not?"
WorthFighting 42% (mars 2005: 45%) (mars 2004: 52%)
Not WorthFighting 57% (mars 2005: 53%) (mars 2004: 44%)
Unsure 1% (mars 2005: 2%) (mars 2004: 3%)

"Do you think the war with Iraq has or has not contributed to the long-term security of the United States?"
Has 50% (mars 2005: 52%) (mars 2004: 57%)
Has Not 48% (mars 2005: 46%) (mars 2004: 40%)
Unsure 2% (mars 2005: 2%) (mars 2004: 3%)

"Do you think the Bush Administration does or does not have a clear plan for handling the situation in Iraq?" [ Asked of half the sample ]
Does 34% (mars 2005: 42%) (mars 2004: 43%)
Does Not 65% (mars 2005: 57%) (mars 2004: 53%)
Unsure 1% (mars 2005: 2%) (mars 2004: 3%)

"Do you think the Democrats in Congress do or do not have a clear plan for handling the situation in Iraq?" [Asked of half the sample ]
Does 24%
Does Not 70%
Unsure 6%

"Do you think the number of U.S. military forces in Iraq should be increased, decreased, or kept about the same?" [Options rotated ]

Increased 11% (mars 2005: 15%)
Decreased 52% (mars 2005: 44%)
Same 34% (mars 2005: 36%)
Unsure 3% (mars 2005: 4%)

Pour finir, voici un bref discours du chanteur américain Saul Williams sur la guerre en Irak:
http://68.178.176.58/sw/sw_nionpledge.mp3

28.9.06

Infos-irak n°16

Sommaire

1/ Deux rapports du Pentagone et du Sénat américain viennent d’établir officiellement ce que tout le monde savait déjà : l’administration Bush a menti sur les raisons de la guerre et la situation actuelle en Irak est extrêmement instable.
2/ De nouvelles informations sur les exactions des troupes impérialistes et sur les manoeuvres législatives visant à garantir l'immunité des tortionnaires de la CIA.
3/ Il y a exactement trois ans, un conseiller de Bush, Richard Perle, affirmait: "Je serais très surpris que d'ici un an, il n'existe pas un grand parc à Bagdad auquel on donne le nom du President Bush. Il ne fait aucun doute qu'à l'exception d'un tout petit nombre de personnes proches de ce régime vicieux, le peuple d'Irak a été libéré et les gens savent qu'ils ont été libérés. Il est chaque jour plus facile aux irakiens d'exprimer ce sentiment de libération". Infos-Irak diffuse une traduction d'un extrait d'un texte de Stephen Zunes (L’Irak, trois ans après la " Libération"). L'article contient quelques chiffres intéressants sur la situation économique et sociale de l'Irak.

Secrets de polichinelle

Il y a encore trois semaines, George Bush affirmait que " Saddam Hussein avait des liens avec Al-Zarqawi ". Un rapport du Sénat américain, fondé sur un rapport de la CIA, vient d’apporter un démenti officiel cinglant à cette thèse. Les quelques rencontres entre des officiels irakiens et des membres d’Al-quaeda durant les années 90 n’ont été suivies d’aucune coopération. " Saddam Hussein se méfiait d’Al-quaeda, considérait les extrêmistes islamistes comme une menace pour son régime et refusait toute aide matérielle ou opérationnelle à Al-quaeda ". Le rapport pointe aussi les informations erronées fournies par certains groupes de l’opposition irakienne. Téléchargement ici (il s’agit de la seconde partie des travaux du Sénat : un premier rapport avait dénoncé les mensonges relatifs à l’armement supposé du gouvernement irakien).

La situation sur le terrain est de plus en plus violente. Dans un rapport publié le 1er septembre, le Pentagone estime que les conditions d’une guerre civile sont réunies en Irak et que l’insurrection demeure " puissante et viable ". Il note également que le nombre d’attaques a augmenté de 15% depuis le début de l’année. Le nombre de victimes, chez les Irakiens, a bondi de 51% (120 morts par jour en moyenne). Le nombre hebdomadaire d'attentats est de 792.

2/ Les exactions des troupes impérialistes et de la CIA

La BBC a diffusé en juin 2006 les images de plusieurs civils irakiens qui ont été délibérément abattus par les troupes américaines le 15 mars à Ishaqi (100 km au nord de Bagdad). Cinq femmes, deux hommes et quatre enfants ont trouvé la mort dans un raid contre une maison selon la police irakienne. Un photographe de l'AFP a vu sur place les corps de plusieurs enfants. Le porte-parole de l'armée américaine a affirmé : " L'enquête a révélé que le commandant sur le terrain avait capturé et tué des terroristes, tout en respectant les règles d'engagement et d'usage de la force en Irak "…

Le 18 aout 2006, le New York Times a révélé que les soldats américains impliqués dans le massacre de civils irakiens le 19 novembre 2005 à Haditha, en Irak, ont détruit ou caché des preuves. Ces soldats sont soupçonnés d'avoir tué de sang-froid au moins vingt-quatre civils, parmi lesquels sept femmes et trois enfants, en représailles à la mort de l'un des leurs dans un attentat. L'armée américaine a versé aux survivants 2 500 dollars par civil mort et quelques centaines de dollars aux blessés. Quelle générosité !

Suite à un rappel à l’ordre de la Cour suprême américaine, en juin dernier, au sujet des actes de torture, le Congrès a examiné un projet de loi de la Maison Blanche visant à mettre hors de portée de la justice les tortionnaires de la CIA. Le projet reposait sur une interprétation très particulière de l'article 3 des conventions de Genève de 1949. Il permettrait aux agents de la CIA de poursuivre leurs actes de torture sur les présumés " terroristes " dans des prisons secrètes. Il protégerait rétroactivement la CIA contre d'éventuelles poursuites en amendant la législation américaine contre les crimes de guerre. Pour le Sénateur Républicain John McCain, toute "interprétation restrictive [de l'article 3 des conventions de Genève] sapera la crédibilité des Etats-Unis sur la scène internationale". "Si des traitements humiliants, dégradants, et des brutalités physiques et mentales sont permis, nous n'aurons rien à objecter dans le cas où ces pratiques barbares seraient infligées à des prisonniers américains", a-t-il averti. Il a proposé, avec Colin Powell et de nombreux députés démocrates, un texte alternatif. Les organisations de défense des droits de l'homme ont toutefois dénoncé ce texte qu’elles jugent insuffisant.

Pour de toutes autres raisons, John Negroponte, l'actuel directeur des services secrets nationaux, a qualifié le projet de loi alternatif d' "inacceptable". Ce criminel de guerre, qui fut le maître d'oeuvre des opérations secrètes visant à écraser le gouvernement sandiniste du Nicaragua, refuse que l’on impose des "limites intolérables" aux méthodes utilisées par les officiers des services secrets pour faire parler les suspects.

Finalement, un "compromis" a été trouvé entre les deux projets. Michael Ratner, président du Centre pour les droits constitutionnels (CCR), a dénoncé la "capitulation presque complète" de M. McCain. " [Le texte] permet au président Bush de passer sa propre interprétation des Conventions de Genève par un ordre exécutif et il protège la CIA et les personnels militaires de poursuites pour des violations passées", a-t-il ajouté.

3/ L’Irak, trois ans après la " Libération "

Stephen Zunes, "Iraq Three Years after 'Liberation'" (Silver City, NM and Washington, DC: Foreign Policy In Focus, April 21, 2006).

" Plus de 50 000 irakiens ont été emprisonnés par les forces militaires des Etats-Unis depuis l’invasion, mais seulement 1,5% d’entre eux ont été déclarés coupables d’un crime ou d’un délit. Les forces états-uniennes détiennent en permanence 15 000 à 18 000 prisonniers irakiens, ce chiffre est plus élevé que sous Saddam Hussein. Amnesty International et d’autres associations de défense des droits de l’homme ont accusé l’armée américaine de violations flagrantes du droit humanitaire international, notamment de tortures et de viols de prisonniers.

[…] Les décès dus à la malnutrition et aux maladies curables, augmentent de nouveau, surtout parmi les enfants. La fourniture d’eau potable, la probabilité d’avoir de l’électricité, et le fonctionnement des égouts se sont détériorés depuis l’invasion.

Plus de la moitié de la force de travail est au chômage, et le coût de la vie a flambé. Le revenu médian des Irakiens a diminué de plus de 50%. Le programme des Nations Unis pour l’alimentation (WFP) rapporte que le peuple irakien souffre de sévères pénuries de riz, de sucre, de lait et de nourriture pour enfant ; le WFP estime que 400 000 enfants irakiens souffrent de ‘dangereuses carences en protéines’. La production pétrolière, principale source de revenus du pays, n’atteint même pas la moitié de ce qu’elle était avant l’invasion. Et bien que l’administration Bush promette d’injecter des milliards de dollars pour aider à la reconstruction des infrastructures civiles, seule une petite partie de ces projets ont été menés à bien, la plupart ayant été annulés. Près d’un million d’irakiens, la plupart issus des classes moyennes éduquées, ont quitté le pays pour fuir la violence et les privations engendrées par l’invasion américaine.

[…] En Irak, le sentiment anti-américain ne cesse de grandir. Curieusement, ceux qui soutiennent la politique de Bush ne peuvent comprendre pourquoi. Par exemple, le conseiller de l’administration Bush, Daniel Pipes, fervent partisan de l’invasion, a exprimé sa déception vis-à-vis de "l’ingratitude des irakiens pour la faveur que nous leur avons faite" en envahissant et en occupant leur pays. "

15.9.06

Le monstre de l'inflation


Voici une vidéo (Wmv, Quicktime, RealVideo) de propagande, produite par la Banque Centrale Européenne. Il s'agit de convaincre des méfaits du "monstre de l'inflation". Cet "outil didactique" destiné aux enseignants est bourré d'inepties hilarantes.

Après la prochaine crise économique, on risque toutefois de trouver cette vidéo moins drôle...

30.8.06

Des journalistes à la botte de Sarkozy

Cinq exemples récents de la servitude médiatique nous donnent un avant-goût d'une campagne Présidentielle très disciplinée:

1/ Lorsque l’émission 7 à 8 diffuse une provocation policière envers des jeunes (TF1, 06-11-05), Robert Namias, directeur d’information de la chaîne, passe un savon aux responsables de l’émission… qui se sentent obligés, le dimanche suivant, de contrebalancer avec les entretiens de maires des banlieues en ébullition.

2/ Lorsque la représentante d’une association souligne la responsabilité de Sarkozy dans les émeutes (Canal+, 08-11-05), celui-ci fait demander la cassette. Résultat : la direction de Canal+ exige "un autre point de vue". Ce sera celui d’un maire UMP (voir ci-dessous!*).

3/ Lorsque Sarkozy est invité au Grand Journal de Michel Denisot (Canal +), il accepte à condition de figurer aux côtés de Denisot en couverture de TV Mag, le supplément télé de la Socpresse (propriété de Dassault) distribué avec 42 quotidiens. Commentaire d’un cadre de Canal + : " Sarkozy n’en à rien à faire du Grand Journal, ce qui l’intéresse, c’est d’être sur la table du salon de 5 millions de personnes " (source: Libération du 27/06/06). Lucide (sauf qu’il s’agit de 5 millions de foyers !).

4/ Lorsque J-P Elkabbach, directeur d’Europe 1, recherche un nouveau journaliste politique, il demande conseil à… Nicolas Sarkozy ! "C’est normal affirme celui-ci. J’ai été ministre de la communication". Je les connais, les journalistes. Il est même inutile de démentir les informations du Canard Enchainé. Puisqu’on vous dit qu’il a été Ministre de la Vérité, puisqu’on vous dit que les journalistes sont ses amis, c’est qu’il s’y connaît. Puisqu’on vous dit qu’il est Ministre de l’Intérieur, c’est qu’il fait régner l’ordre. Quel ordre ? Circulez…

5/ Lorsque Noah déclare à Paris-Match, dans un entretien titré " Mes quatre vérités à la France " (15-12-05) : " Une chôse est sûre : si jamais Sarkozy passe, je me casse ! ", la phrase est tout simplement censurée (source : Le Canard Enchaîné). Un véritable émeutier ce Noah...

Conclusion : Et que se passe-t-il lorsqu’ils ne sont pas assez dociles ? Car cela leur arrive de déplaire à Sarkozy. Pas pour avoir fustigé les cadeaux accordés aux plus nantis lors de son séjour au Ministère de l’économie, ni même pour avoir dénoncé la politique répressive de l’actuel Ministre de l’Intérieur. Non, de ce côté-là, Sarkozy peut être tranquille. Mais Paris-Match s'est rendu coupable d'avoir fait sa couverture sur les infidélités de Cecilia. Sarkozy demande à Lagardère de virer le patron de Paris-Match. Rien de moins. Le groupe Hachette Filipacchi Médias (HFM) évince alors Alain Genestar. Bon, on ne va certainement pas pleurer sur le sort du patron. Mais les journalistes qui travaillent pour ce torchon sont presque touchants: " nous demandons aux instances dirigeantes du groupe HFM de nous donner une garantie ferme et absolue de notre indépendance. Cela afin que ce fait sans précédent ne se renouvelle plus ". Autant pisser dans un violon…

* Dans cette émission (Nous ne sommes pas des anges), Eric Raoult avait déclaré au sujet de l'association « Ni putes ni soumises » que les filles ne doivent certes pas être soumises mais ne pas être non plus comme la première catégorie. Il affirme d'ailleurs dans un entretien accordé à LCI.net : “Les viols et les tournantes ne se passent pas par moins 30° mais surtout quand il fait chaud et quand un certain nombre de petites jeunes filles ont pu laisser croire des choses.” Bref, pour Raoult: pas de fumée sans feu. Pas de viol sans pute. Quand je lis ces paroles immondes je pense à une chanson de circonstance (écouter un extrait mp3 ou le titre intégral Wma):

... Et la roue tournera
Comme tourne la vie.
Mon couteau s'en ira
Faire de la poésie.

Au temps des roses rouges,
Mon gant sera de fer,
Sur une main de chair,
Et ça leur fera drôle.
Au temps des roses rouges,
De lâcher leur monopole,
En gueulant de travers
D'inutiles Pater.